--myrzouick------------X--[o]---
écrire, scénariser et mourir vite...
28/03/2026
Carcasse et chatiment...
Il y a quelque chose de sacré dans le désespoir.
Quelque chose de l'ordre du divin. Un concept qu'on peut pourtant appréhender et toucher du doigt facilement. Et c'est quand on cesse de croire qu'on doit forcément aller bien pour avancer (avec toutes ces injonctions au bonheur égocentré), qu'on oublie que tout va bien ce passer, qu'on aperçoit la puissance du désepoir.
injonctions.
J'en ai assez des injonctions à aller bien. De ces coachs en développement, reconverti dans le management qui nous disent que si on se sort les doigts du cul, on peut avancer.
Aujourd'hui on n'a jamais eu autant de dépressifs. D'après les "experts", c'est soit parce que les gens ne veulent plus travailler, soit parce qu'on ne mange plus assez de viande ou tout simplement que les jeunes d'aujourd'hui n'ont pas assez reçu de claques dans leur jeunesse.
La solution est pourtant simple, on travaille le mental, on avance et on devient la meilleur version de soi-même. Celle qui mettra des claques, celle qui vous propulsera en avant ! "On the Top" parce qu'il faut anglisiser sinon on ne comprend pas le "mindset" - bon celui-là, j'avoue qu'il me vient plus facilement que état d'esprit...
Bref faut bosser sur soi, se reprendre en main et vous reprendrez le contrôle. De votre propre vie d'abord et qui sait, celle des autres.
Soit dit en passant le film Gourou avec Pierre Niney que pourtant j'adore est un film vraiment mais vraiment nul. Mais j'en parlerai pas là.
Alors on va pas mieux quand on est un gros masculiniste, qu'on boxe ou qu'on se bat parce qu'on est des bonhommes ! On va pas mieux ?!
Peut-être.
Après tout, y en a qui kiffe, qui iront raconter qu'ils se sont fait tout seul. Et que, hey, la vie c'est pas si difficile, faut juste accepter de se prendre en main. Alors qu'est-ce que vous attendez pour être heureux ?
Bah déjà je t'emmerde, caricature imbuvable de l'idée que je me fais de ces tyran de la positivité toxique, va muscler tes jambes et bois de l'eau.
Pendant ce temps, je me pose la question. Qui a-t-il de mal à aller mal ?
sublime désespoir
On sait qu'on y arrivera plus, on sait qu'on ne sera plus aimé, on sait que tout est perdu... et dans ce marasme tragique. On déprime.
"Secoue toi ! Y a pire ailleurs."
Probablement, mais peut-être pas. Dans tous les cas nous voilà désespérés. Y a plus d'espoir. Y a plus rien à faire. On va perdre.
Alors je ne suis pas moi-même un donneur de leçon. Et mon "ça va toujours" cache soit une optimiste alternative, soit un affreux mensonge, et pourtant à chaque fois que je me sens débordé, déprimé, dans une impasse. À chaque fois que je me perds dans ce marasme je comprends quelque chose. Je touche du doigt une sorte de magie, quelque chose qui me fait avancer, la force du désespoir.
Parce que foutu pour foutu... Autant y aller.
Y a plus rien. Je suis capable de tout perdre et de foncer quand même. Pas pour me relever. Pas pour enchainer.
Juste pour comprendre la divine souffrance qui me fait tenir.
Dans ce va-tout où je n'ai rien à perdre. Je comprends Théoden et je comprends pourquoi je l'admire.
Théoden est le Roi du Rohan dans le Troisième Age de la Terre du milieu, époque où se déroulent les principales trames des livres et films le seigneur des anneaux.
Quand il charge les orcs (par deux fois : au gouffre de Helm et devant Minas Tirith) il sait pertinemment qu'il y a peut d'espoir qu'il survive. Mais il y va : "À mort !" hurlent-ils. Jusqu'à la mort. De toute façon après y a plus rien.
Le désespoir et l'honneur le transcende, il prend la tête de ses troupes et galopent jusqu'à la mort ou peut-être avec un peu de chance une victoire aussi cruelle que sanglante au sombre gout de défaite.
C'est ça, cet état d'excitation, de frustration, d'oubli de soi, que j'aime atteindre quand je n'y arrive tout simplement plus.
Alors attention, je ne combats pas d'orcs, je ne joue pas ma vie. Mais si tout se délite autour de moi, je sais que j'arriverai à en sortir si ce n'est plus puissant, au moins plus résilient.
Il n'y a pas besoin d'aller bien, de garder espoir, de positiver.
Il faut simplement accepter d'être ce que nous sommes et comprendre toute la complexité du monde qui nous entoure. On ne peut pas "juste" aller bien parce que ça fait plaisir à notre entourage.
carcasse donc...
Dans l'univers de Dark Souls (et plus communément de tout ce qu'on appelle les Soulsborne aujourd'hui) le désespoir est omniprésent. Nombreux sont les héros qui ont sombré dans une folie dérangeante, sanglante.
Le monde se meurt, les monstres vivent et réapparaissent à chaque mort, enfermés dans leur routine démoniaque.
Les personnages qui restent, coincés entre déïté déviante et abomination malfaisante, sombre peu à peu dans la folie eux-aussi (pour Bloodborne deviennent de plus en plus lucide et donc sont foudroyés par la perversité de l'univers) à force de répéter inlassablement les mêmes schémas qui conduisent à la mort puis à la renaissance.
Tout le monde connait la citation d'Einstein (ou tout du moins attribué à Einstein) : la folie c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent.
Qui s'applique parfaitement à ces jeux ou le joueur se retrouve parfois à flirter avec la démence en espérant que cette fois, je le jure, cette fois, je vais bien parer les coups, je vais apprendre les patterns du boss, je vais... je vais mourir.
Et bien vous savez quoi, c'est en sachant qu'un combat est perdu d'avance après plusieurs morts, que je suis le meilleur.
Et l'excès de confiance après avoir tué un boss est très souvent sanctionné.
C'est quand on se retrouve acculé qu'on avance...
Dans l'univers des Souls donc, nous découvrons aussi des personnes qui ont renoncé, qui sont devenus des carcasses. On pourrait alors imaginer des joueurs qui ont abandonné leur partie et que toutes les âmes ainsi collecté remplissent un monde où ceux qui ont renoncé sont vides, ce ne sont plus des humains comme vous. Ce sont des coques vides, à l'âme anémiée...
épilogue, perdu
Alors où se situe la limite entre trouver l'énergie du désespoir et devenir une carcasse.
Je ne sais pas. Suis-je moi-même qu'un ersatz de moi. Adapté à la vie de Bureau et habitué aux challenges intenables sans en perdre ce que nous sommes ?
Qu'est-ce qui me différencie d'une carcasse ?
Où est mon âme...?
Il y a quelques heures j'aurais pu vous dire qu'elle était bien cachée en sécurité quelque part où on ne la chercherait pas. Et désormais... Je ne sais pas.
Par principe, je ne veux plus espérer. Je ne veux plus espérer que le monde change, je ne veux plus espérer être récompensé, je ne veux plus espérer parce qu'on ne me laisse pas la place de le faire.
Parce que soyons réalistes, tous les coachs qui disent "mais prenez confiance en vous, prenez ce qui vous revient de droit" oublient un peu trop facilement que si on peut se réaliser tout seul, prendre confiance, c'est aussi parce que quelqu'un a bien voulu nous laisser la place.
Vous avez le droit d'aller mal, vous avez le droit de ne pas avancer.
Vous avez même le droit d'abandonner, de devenir cette carcasse qu'au fond de vous, vous désespérer être.
Et vous toucherez le sublime désespoir qui vous maintiendra coute que coute car c'est aussi un bel ennemi qu'on nourrit nous même.
Cela fait une bonne demi-heure que je cherche comment conclure. Disons simplement dans toutes vos histoires, vous avez le droit à la vulnérabilité. Dans votre propre histoire, vous avez le droit d'échouer, de trébucher et vous avez même le droit de ne pas vous relever.
Et si comme moi vous comprenez que le désespoir n'est pas une fin en soit mais une sorte de carburant alternatif qui parvient à nous transporter.
Il y a une sorte de dignité à être à terre.
Et n'oubliez pas. Dans Dark Souls, il y a toujours des feux de camp où l'on peut respirer...
Nous sommes des carcasses qui avançons tout simplement parce que tout est déjà perdu.
Soyez-vous même.
N'oubliez pas de laisser la place aux autres.
Restez en vie.
Prenez soin de vous.
à suivre...